Le musée de la Grande Guerre de Meaux entre en concurrence avec l’Historial de Péronne. Des deux côtés, on refuse d’ouvrir une tranchée. D’entrée, la guerre semble déclarée. On n’a pas encore acheté son billet d’accès au musée de Meaux qu’on peut feuilleter un supplément gratuit du Point, tout à la gloire de l’édifice. En page 5, on y lit : « Ce musée se veut un "Palais de la découverte" de la Grande Guerre. Loin de l’approche intellectuelle qui a prévalu jusque-là dans la muséographie - en particulier à l’Historial de Péronne - chaque objet raconte une anecdote, un reliquat de vie, introuvable dans les livres… » On trouve dans ces lignes tout ce qui est stigmatisé à Péronne - froid, élitiste - et… tout ce qui est reproché à Meaux - clinquant, artificiel, « le Disneyland du poilu ». Le musée de Meaux ? Une collection de 50 000 objets Grand public ? Et alors ! C’est en effet la grande réussite du musée de Meaux, né non pas d’un concept scientifique comme Péronne, mais d’une collection, celle de Jean-Pierre Verney. En une vie, il a amassé 50 000 objets, désespéré de les offrir au public, refusé des offres venues de l’étranger et finalement convaincu le maire de Meaux, Jean-François Copé, de lever 30 millions afin de leur offrir un écrin. Le bâtiment est beau, moderne mais sobre, tout au bout de la ville. Dans la première salle, le visiteur est pris par la main. En trois minutes, beaucoup d’images et de sons, il passe de 2011 à 1870. On ne le lâchera plus. Dans les vitrines, les objets sont rois, nombreux, foisonnants mais bien mis en valeur. Régulièrement, la page d’un grand livre contient un texte court, aisément compréhensible, qui met la collection en perspective : les causes de la guerre, la vie dans les tranchées, les batailles de la Marne, la tactique, le poids des USA dans le conflit, le rôle des femmes, l’armistice… Le cœur du musée est la nef, un vaste espace gardé par des silhouettes soldatesques. Au plafond, un avion ; sur les côtés, un camion Berliet et un pigeonnier mobile de campagne ; d’une excavation, un char qui semble partir à l’assaut ; ailleurs, des tranchées reconstituées, magnifiques, trop belles pour rendre compte du sang, du froid, des cris, des odeurs nauséabondes, de la mort… L'Historial de Péronne ? Un élément dans le circuit des batailles Direction Péronne. Ici, pas de tranchée. On les a laissées au musée « Somme 1916 » à Albert et surtout aux bois et aux champs environnants. Situé au cœur des batailles de 1916 et 1918, l’Historial n’est qu’un élément du circuit qui passe par les sites des batailles, les mémoriaux et les cimetières. Audacieux en 1992, le bâtiment, qui s’inscrit dans un château fort et donne sur un parc, a bien vieilli. Ses vastes salles mettent en valeur une collection aussi riche que la Francilienne. L’idée est de comparer les destins des nations en guerre et de mettre en parallèle le civil et le militaire. Joli concept, fruit de la réflexion de scientifiques de haut vol, mais qui ne saute pas aux yeux de monsieur Tout-le-monde. Les concepteurs de l’Historial, ambitieux, n’avaient prévu ni visite commentée, ni audioguide, en 1992. Depuis, heureusement, cette lacune a été comblée. Les historiens du conseil scientifique ont laissé faire. Avec l’arrivée de Meaux sur la scène du tourisme de mémoire, ils devront encore mettre un peu d’eau dans leur ration de rouge… TONY POULAIN
source le courrier picard.fr